Le festival des Murs à Pêches 2018 à Montreuil : célébrer l’engagement citoyen

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En se renommant « Manifestival », la 18ème édition du festival des Murs à Pêches de Montreuil marque symboliquement sa revendication contre un projet urbanistique mettant en péril une partie du site naturel.

Alors que les concerts, performances et ateliers artistiques se prolongeaient sur trois jours et jusqu’à des heures tardives les années précédentes, La fédération des Murs à Pêches, organisatrice de l’évènement, a décidé cette année de réduire les festivités à une seule journée le 20 mai, et d’en sonner la fin à 17h. Les participants seront ensuite invités à manifester devant la mairie de Montreuil.

Les murs à pêches, vestiges de l’histoire agricole de Montreuil

Les murs à pêches ont été bâtis au XVIIème siècle par les horticulteurs et arboriculteurs de Montreuil et des alentours, recouvrant à l’apogée de la production fruitière plus de 300 hectares. Les murs avaient pour rôle d’y fixer les arbres fruitiers, notamment les pêchers, dont la réputation fut mondiale. Les importations de pêches ont progressivement eu raison de l’activité agricole à la fin du XIXème siècle, avant de connaître divers projets de construction. Il ne reste aujourd’hui que 30 hectares naturels de cet héritage, occupés et dynamisés par des associations culturelles, artistiques, solidaires dans des jardins partagés.

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«Le clos des pêches», carte postale historique des Murs. Credit: SRHM.

Lorsqu’on demande à Pascal Mage, président de la fédération des Murs à pêches, depuis quand ce sentiment d’appartenance territorial a refait surface, il répond sans hésitation : « Depuis le classement du site, les jeunes s’investissent plus ». La mobilisation commune de la fédération et d’autres associations a en effet permis le classement de 8,5 hectares par le Ministère de la Transition écologique et solidaire au titre des « sites et paysages » en 2003. La lutte pour la préservation de ce patrimoine historique et naturel est le mot d’ordre de la fédération depuis sa création.

La rénovation de l’usine EIF au coeur des murs à pêches

Aujourd’hui, c’est la revente du site de l’ancienne usine textile EIF qui fait grincer les dents des riverains et associations. Suite à l’appel à projet « Inventons la Métropole du Grand Paris », conduit par la mairie, l’agglomération et l’Etat, 13270 m2 (soit 1,9 hectares) de terrain ont été vendus l’année dernière au promoteur privé UrbanEra, une filiale du groupe Bouygues Immobilier. L’espace concerne 3700 m2 du site naturel des Murs à Pêches.

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« Espaces Imaginaires Fertiles », le futur projet imaginé par UrbanEra – Credit : Bouygues Immobilier.

 

Le coût important des travaux, estimé à un million d’euros, aurait découragé les principaux concurrents de Bouygues Immobilier. En effet, une des conditions imposées par la collectivité territoriale était la dépollution des sols de l’usine, ayant abrité des activités de peausserie et de textile.

A travers ce projet, Bouygues Immobilier teste selon leurs propres mots « le business de demain » avec le projet « Espaces Imaginaires Fertiles ». Celui-ci prévoit notamment la construction de 83 logements, en accord avec le prolongement des lignes 9 et 11 du métro et du tramway T1. Le promoteur a annoncé vouloir dédier 6000m2 à l’agriculture urbaine ou encore de développer des tiers-lieux du type MakerSpace, fablab et espaces de coworking.

Un projet qui inquiète les riverains

Si la réhabilitation de l’usine apparaît essentielle aux opposants du projet, ceux-ci demandent à ce qu’elle soit faite dans le respect de la richesse du lieu et de ses acteurs. L’opposition à la rénovation de l’usine EIF n’est donc pas un refus de principe. L’urbanisation et la pollution visuelle des murs à pêches inquiètent. « Ils considèrent ces espaces verts comme des réserves foncières et sont dans une politique du chiffre. Ils veulent agrandir leur ville. Mais à quel prix construit-on ces logements ? », souligne Ginette Lemaître, une habitante de Montreuil, aux micros de France Culture en mars dernier.

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Les Murs à Pêches, une oasis de verdure dans la ville. Oeuvre de Land Art d’Ilona Mikneviciute, festival des Murs à pêches 2015 – Credit : Ilona Mikneviciute.

Ginette Lemaître craint que la privatisation des murs à pêches n’entraîne une baisse de la convivialité dans la ville. « Les gens oublient que la ville est faite des habitants, non de chiffres (…) si les murs à pêches sont privatisés (…), il n’y aura plus de partage avec le reste de la ville. Ceux qui font la ville sont expropriés des terrains qui leur permettraient d’avoir une forme de convivialité ».

Vers davantage de concertation  

La Fédération des Murs à Pêches a donc mis en ligne une pétition afin que la ville de Montreuil retire son appel à projet métropolitain et mette en place une concertation publique au sujet de la reconversion de l’usine entre les riverains, les associations et les porteurs de projets.

L’espoir de voir le projet se retirer, comme le réclame la pétition, paraît toutefois vain puisque la vente a déjà été réalisée il y a plus de six mois. Le seul levier d’action restant à la société civile se trouve aujourd’hui dans la concertation avec le promoteur immobilier et la collectivité territoriale.

Dans le Parisien, Jean-Charles Nègre, conseiller municipal délégué aux Murs à pêches, insiste : « Aucune parcelle des murs ne sera détruite ». Il rappelle que dix réunions de concertation ont été menées dans le quartier par UrbanEra pour discuter du projet avec les habitants. Un dialogue qui va continuer, puisque la MGP a donné 18 mois aux communes pour discuter et éventuellement modifier les projets retenus. Bouygues indiquait de son côté vouloir intégrer les acteurs déjà présents sur le site afin de « réactiver l’histoire des murs à pêches à Montreuil, autour d’un îlot manufacturier ».

Cependant, le risque de voir les prix de l’immobilier exploser, l’absence de prise en compte des acteurs de la société civile en amont et la privatisation des terres sont autant d’incompatibilités dans une ville de tradition communiste.

Cette année, un festival plus que jamais à l’image de l’esprit des Murs à Pêches

Vous l’aurez compris, le festival qui se tient ce dimanche 20 mai, sera spécial.  Le programme de la journée promet l’intervention de dizaines d’artistes et associations bénévoles. Balades dans les jardins décorés de Land Art, concerts, ateliers participatifs et jeux pour petits et grands, permaculture, poésie, théâtre, cirque, danse, expositions se succèderont.

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Affiche du festival des Murs à pêches 2018 – Credit : Fédération des Murs à pêches.

À 17h, la fermeture symbolique du festival invitera tous ceux qui le souhaitent à participer à un grand défilé jusqu’à la place de la mairie pour une manifestation joyeuse contre le projet urbanistique. Un évènement festif et militant, fidèle à l’esprit de la fédération, des associations et des habitants attachés à leur patrimoine naturel.  


Ecrit par Najwa Hakiri. 

Photo de couverture : Annie-Claire.

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