Portrait | L’éclaireur urbain : voir la ville autrement

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Entre 2015 et 2016, Antonio a fait découvrir le 10ème arrondissement autrement au sein de l’association « L’Alternative Urbaine ».

Cet article est une republication du site La Route de la fille datant du 6 septembre 2015.

En 2014, j’ai voyagé en France à la rencontre des gens et la découverte des cultures régionales. A mon retour, j’ai eu envie de partir à la rencontre de ma ville – Paris – et, surtout, de ceux qui l’animent.

Un dimanche après-midi, j’ai donc visité Paris autrement grâce à l’un des guides de l’association L’Alternative Urbaine : Antonio. Aussitôt rencontré, j’ai souhaité en savoir plus sur lui pour écrire son portrait.

Classeur à la main, Antonio déambule dans les rues du 10e arrondissement de Paris : de Belleville à Gare de l’Est. D’une voix basse, il guide des groupes de touristes et de parisiens intéressés de découvrir la ville autrement.

Façade de la Compagnie Parisienne de Distribution d’électricité © Clarisse Freyssinet

Balcons en fer forgé. Bâtiments « Art déco ». Graffitis, collages et autres installations éphémères disséminés…

Anecdotes et histoires du quartier, comme celle de Vincenzo Peruggia qui vola La Joconde et la cacha pendant deux ans au coeur de sa petite chambre, dans le double fond d’une valise de bois blanc.


Bonnes adresses et autres conseils culinaires, comme la liqueur d’œuf de l’épicerie polonaise ou le Limoncello à la crème fraîche. Il y en a pour tous les goûts !
Au diable les visites académiques et les références historiques à la pelle ! Les visiteurs sont des promeneurs qui doivent lever la tête. Le guide est un « éclaireur urbain » qui les éveille à un autre Paris.

Devenir guide au petit déjeuner

Antonio travaille pour l’association L’Alternative Urbaine, créée en juillet 2013 par Selma Sardouk. Cette ancienne étudiante en tourisme solidaire lance l’idée d’embaucher des personnes sans domicile ou éloignées de l’emploi, afin qu’elles guident des groupes dans des quartiers peu touristiques de Paris. L’idée n’est pas d’en faire des guides professionnels mais de les accompagner dans leur réinsertion, quel que soit leur projet.

Peinture murale rue Jacques Louvel-Tessier © Clarisse Freyssinet

Un matin au petit déjeuner, tandis qu’Antonio est rivé sur « Libé » – comme tous les matins -, il découvre un article sur L’Alternative Urbaine. Il vit alors du R.S.A., à Saint-Ouen. Il ne travaille plus depuis sa dernière mission de chauffeur-livreur. Captivé par l’article, il laisse son café refroidir pour « boire » les paroles de Vincent : le premier « éclaireur urbain » embauché par l’association. Le projet attire Antonio. Il postule. Pour ce Parisien né dans le 11e arrondissement, « c’était l’occasion de découvrir des quartiers pas forcément valorisés. Et puis, surtout, c’est moi qui allait être le guide ! ». Là réside l’essence de ce projet : remobiliser par une activité valorisante et créatrice de lien social. Et des rencontres, Antonio n’arrête pas d’en faire : imprévues et dans toutes les langues ! Certaines le conduisent même à réaliser ses rêves d’enfant. Car cet homme de 54 ans va enfin accomplir son rêve de « gosse » : grimper dans la cabine d’un conducteur de train, qui avait participé à l’une de ses visites.

Antonio est passionné. « Je considère même pas ça comme un boulot. Ce qui me plaît, c’est que j’apporte du bonheur aux gens. J’essaie de leur faire vivre la même émotion que j’ai ressentie au Vatican, dans les années 90 ». A l’époque, alors qu’il déambule avec un ami dans les rues de Rome en plein milieu de la nuit, un homme les alpague. Il leur propose de leur faire visiter le Vatican : seuls, sous les étoiles. Cette visite le marquera à jamais.

Vue depuis la rue Jacques Louvel-Tessier © Clarisse Freyssinet

En 2015, Antonio propose trois balades de deux heures par semaine et est accompagné dans le lancement d’une activité de masseur indépendant.  Aujourd’hui, en plus de ses trois balades de deux heures par semaine – qui flirtent souvent avec la troisième heure – Antonio est chargé de repérer des lieux de visite à proposer lors de la COP 21 (la conférence pour le climat qui se déroulera à Paris fin 2015). Parallèlement, il est accompagné dans le lancement d’une activité de masseur indépendant. Ensuite, dans quelques mois ou quelques années, il ira peut-être voir le Monde. Comme le disait la grande exploratrice Alexandra David-Neel : « celui qui voyage sans rencontrer l’autre ne voyage pas, il se déplace. »

Des nouvelles fraîches

Depuis décembre 2016, Antonio a quitté l’Alternative Urbaine et a réalisé son projet. Il propose aujourd’hui des massages aux particuliers, mais aussi à des salariés, dans des associations, lors d’événements…

A présent, c’est désormais Akim qui guide les badauds dans le 10e arrondissement.


Clarisse Freysinet

Photo de couverture : Balade Alternative urbaine a Belleville, par Tony Dupont. Les gens en recherche d’emploi font des balades touristique/informationelle dans les quartiers de Paris. © Clarisse Freyssinet

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