Le Bar des Amis (Paris 18) – Vigie d’un quartier populaire

Au centre du triangle Château-Rouge – Marcadet – Marx Dormoy, discussion de quartier sur le zinc. La Goutte d’or devant un café noir.

Kabyle Tranquille

Difficile de trouver un bistro plus simple. Trois ou quatre tables, quelques chaises, deux clients qui conversent à peine devant un café. Et un bar, au-dessus duquel trône la décoration du lieu : quelques photos encadrées. Un paysage de la Kabylie, sur la seconde un homme :  Lounès Matoub, chanteur en langue kabyle et militant de la cause berbère assassiné en 1998. Sur la troisième, une femme : Madonna.

Enfin derrière le zinc siège Nohand, la cinquantaine, habitant le quartier depuis deux décennies et patron du Bar des Amis depuis cinq ans. Un peu timide, il commence par affirmer que « rien n’a vraiment changé » autour de sa « petite affaire tranquille ». Il se ravise un peu en constatant la fermeture du théâtre d’en face (Le Lavoir Moderne Parisien) et remarque que « dernièrement, le quartier s’est dégradé ».

« Dès 6h du matin les prostituées sont dans la rue »

A.Z., le cousin de Nohand, boit son café au comptoir et prend le relais. Lui n’a pas sa langue dans sa poche, depuis dix ans qu’il habite à proximité, la situation n’a pas évolué dans le bon sens. « Avoir un quartier propre c’est la moindre des choses » : il est autant écœuré par les odeurs d’urine matinales que par la prostitution qui a cours dans les rues avoisinantes.

Selon A.Z., c’est la prostitution qui est à l’origine des maux du secteur. S’il plaint les filles, « des otages », à cause des clients et des proxénètes « la drogue circule et certaines rues peuvent être dangereuses ».

Il en vient à questionner la réelle volonté des pouvoirs publics et de la police qui « parfois lorsqu’on l’appelle ne se déplace plus ». Les deux cousins soupçonnent même qu’intentionnellement, on laisse fleurir les activités illicites dans cette partie du 18ème arrondissement afin d’en assainir le reste. « Ils savent ce qu’il se passe ici, ils ont bien nettoyé la rue Myrha ».

Nohand et A.Z. sont pourtant d’accord sur un point : sans la prostitution, le quartier serait pacifié. Ils apprécient sa diversité même si, comme le souligne A.Z. : « les vrais habitants, c’est des blancs. Les Africains viennent de loin pour faire les boutiques, le marché… et pour se retrouver ».

Ils observent un quartier qui change derrière le pare-brise de leur devanture : les bobos et les prostituées affluent, les boutiques africaines et leurs clients restent.


Écrit par Antoine Bruneton

Photos : Fiona Forte

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