Avignon en festival : une ville en métamorphose

Avignon a le coeur en pieces
Avignon a trois visages. En hiver, elle hiberne presque. Dès le mois de mai, la ville devient touristique : Palais des Papes en figure de proue. Puis, en juillet, pour le festival de théâtre, Avignon se transforme.
Quelques affiches sur un mur d'Avignon

Quelques affiches des pièces programmées durant le Festival d’Avignon

Une ville « OFF »

Le festival « IN », lancé en 1947, côtoie le « OFF », créé en 1966. Une quarantaine de spectacles sélectionnés et subventionnés face à 1 480 spectacles cette année (théâtre, danse, clown, humour…) dans près de 130 lieux (théâtres, cours d’écoles, chapiteaux, cinémas, chapelles, salons d’appartements…).

Dans les rues, des bars et des restaurants s’improvisent. D’autres lieux se transforment. La salle d’hiver aux 18 couverts de « La Sperlongaise » – bar-restaurant du cinéma « Cinevox » – laisse place à une billetterie et à une grande terrasse pouvant accueillir jusqu’à 300 couverts par jour. Les serveurs deviennent alors des sprinters ! Les salles de cinéma, elles, se muent en salles de spectacles.

Pour l’occasion du OFF, les rues de la ville se parent des mille et une couleurs d’affiches de spectacles. Par arrêté municipal, les compagnies sont autorisées à afficher dès 11 heures du matin, l’avant-veille du festival. Mais, dès 9 heures, toutes les équipes sont sur le pied de guerre : véritables soldats, ficelle à la main et ciseaux dans la bouche, prêts à jouer des coudes pour dégotter le peu d’espace libre. Les places sont chères et tout le monde n’est pas logé à la même enseigne… Épées en bois contre machines de guerre. Petits escabeaux contre échelles télescopiques. Affiches collées à la main sur du carton contre guirlandes d’affiches industriellement assemblées. Inévitablement, en quelques minutes, le moindre espace libre ne l’est  plus… Il n’y a donc plus qu’à attendre (et espérer) que les affiches des uns se décrochent, emportées par le vent ou ôtées par la municipalité, pour pouvoir les remplacer par d’autres.

Quelques affiches sur un mur d'Avignon

Des milliers d’affiches recouvrent les murs de la ville durant le Festival

Le Festival d’Avignon : un marathon

Pendant un mois, c’est l’effervescence ! Véritable ruée vers l’or où se côtoient comédiens – mineurs des temps modernes –, programmateurs – chercheurs d’or en quête de pépites – et spectateurs – acheteurs à l’œil plus ou moins aiguisé –.

Feuilletant la bible du OFF (432 pages de programme), tendant l’oreille aux bouches, recevant des dizaines de tracts par jour, les spectateurs font leur choix. Pour espérer les attirer dans leurs salles, on leur distribue les milliers de tracts imprimés pour l’occasion. Les derniers jours du festival, tandis que les rues se vident, c’est plus de 100 flyers qu’ils peuvent recevoir en une journée. Forcément, celui qui tracte se voit opposer de nombreux refus. Il doit donc s’armer de sourire, de patience, d’acharnement, de motivation… Bref, d’une sacrée force mentale !

D’ailleurs, pour toute équipe, Avignon est un marathon. Il faut tenir sur la longueur, ne pas griller ses batteries trop vite, en garder sous le coude… Chacun en ressort vidé : de ses forces et de ses poches. Car très rares sont ceux qui gagnent de l’argent. Peu remboursent leur investissement. Beaucoup perdent des milliers d’euros. Il faut donc espérer vendre son spectacle aux programmateurs…

Une troupe dans une rue d'Avignon

Une troupe au cours d’une représentation en plein air dans les rues d’Avignon

Clap de fin, la larme à l’œil

Pendant un mois, chacun vit au rythme du festival, réglé comme du papier à musique, presque en vase clos.

Alors, tandis que les derniers spots s’éteignent et que le rideau rouge est tiré sur la ville, les yeux cernés de fatigue commencent à s’embuer…

Même Thierry – propriétaire du « Tutti Frutti » : échoppe de jus de fruits frais ouverte de mai à août – verse sa petite larme. « Moi, je déprime au mois d’août. Y’a moins de monde et je peux plus plaisanter comme pendant le festival. ».

Car Thierry est un farceur. Depuis 20 ans, tous les matins du festival, il colle une pièce de monnaie à la glu aux pieds de son échoppe. Il ne la décolle qu’à la fermeture, à l’aide d’un marteau et d’un burin. Plaisantin, il passe ainsi sa journée à observer les gens qui tentent de la ramasser.

« C’est pour faire parler de Tutti Frutti mais surtout pour faire rire les gens ! Y’a de tout. Des gens timides qui posent le pied dessus et regardent à droite à gauche. Des personnes extraverties qui en rigolent. D’autres qui le prennent mal… ».

 

Un mois durant, le cœur de la ville et du festival battent donc à l’unisson. Avignon « a le cœur en pièces ». Le mois de juillet achevé, c’est celui des festivaliers qui se fissure… La cité des Papes retrouve alors ses premières amours : les vacanciers d’été.

Juillet 2017


Texte et photos : Clarisse Freyssinet

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