Marche pour Adama : « J’aimerais dire : jusqu’ici tout va mieux. »

Adama Assa Traoré Couv
On est le samedi 22 juillet 2017, il est 13h et je suis encore chez moi. J’avais pourtant prévu d’aller à la marche des 1 an de la mort d’Adama Traoré, tué à Beaumont-sur-Oise dans des circonstances sombres lors d’un contrôle effectué par des gendarmes. J’hésite, je sais pas pourquoi et puis j’ai des flashs de toutes les injustices que je vois depuis petit, de la famille d’Adama, de ses proches et surtout de sa grande soeur qui m’a impressionné par sa force et son charisme. Je décide alors de prendre mon appareil pour aller immortaliser la marche en mémoire d’Adama. 

Je marche, je marche… ils marchent pour que justice soit faite et que leurs coeurs soient moins lourds,

Unifiés comme une clique, une famille, des amis, des gens bien ; j’immortalise la résurrection d’une affaire enterrée, crampe à l’index. Je clique.

Stigmatisation, violence, délit de faciès. Le cliché des banlieues dans l’œil de mon Panasonic.

Tout va bien jusqu’ici mise à part du sang et des larmes sur l’uniforme de gens d’armes…

Injustices émanant des forces de l’ordre qui font crier l’homme dans les rues. C’est l’émotion qui monte, monte, monte…

C‘est le bruit de la ville permettant à un aveugle de suivre le pas et aux différentes couleurs de peau de se mélanger afin de faire un magnifique tableau sur pattes, la toile doit être belle vue de la haut.

Et tu sais leurs oreilles n’entendent aucun son même celui d’un gars plaqué contre le sol avec sur lui des hommes. La société se met un voile et nos voix sont muettes comme un cri au fond d’la mer.

 

Personne dans les rues sinon des marcheurs, qui ne rêvent plus sauf pour voir la vérité et la France se réveiller.

On est enfermés dehors comme dit Said dans la Haine. L’état nous ghettoïse entre nous. J’me dis que c’est eux les lions et que c’est nous les gnous.

Usurpation d’identité, c’est eux les victimes et les morts sont coupables qu’au moindre débordement les coups partent,

Rage jusqu’au lendemain ; le combat est long de Beaumont à Rome.

 

Assa lionne, montrant les crocs pour sa meute et toute l’humanité dans sa tombe. Rosa Parks crie « Je suis Adama »

Demande à Zyed si Bouna va bien, j’espère qu’il n’est pas trop déçu, j’aimerais lui dire « la vie est triste ici parfois tu sais ».

Atrocité des cités dans leurs yeux, la rue a fait l’appel mais il manque des noms. Alors j’regarde au ciel, j’suis tête en l’air. J’me dis que j’vais les revoir, je garde espoir. Alors, j’suis l’espoir personnifié.

Même quand un policier te met une matraque dans les fesses et te dit… j’ai pas fait exprès, allez leur dire qu’on vit ensemble qu’importe ta religion, qu’on s’entend bien dans la cité entre noirs et blancs comme le piano…

A la fin du film, j’aimerais dire : jusqu’ici tout va mieux. Jusqu’ici tout va mieux… jusqu’ici tout va mieux.

Assa Traoré

Assa Traoré, soeur d’Adama, lors de la marche en mémoire de son frère, à Beaumont-sur-Oise, le 22 juillet.

Marche en mémoire d’Adama Traoré, à Beaumont-sur-Oise, le 22 juillet.

Marche pour Adama

Marche en mémoire d’Adama Traoré, à Beaumont-sur-Oise, le 22 juillet.

Marche pour Adama

Marche en mémoire d’Adama Traoré, à Beaumont-sur-Oise, le 22 juillet.

Assa Traoré, soeur d’Adama, lors de la marche en mémoire de son frère, à Beaumont-sur-Oise, le 22 juillet.

Assa Traoré, soeur d’Adama, et son frère Youssouf, lors de la marche en mémoire de leur frère, à Beaumont-sur-Oise, le 22 juillet.

Marche en mémoire d’Adama Traoré, à Beaumont-sur-Oise, le 22 juillet.

 


Texte et photos : Nicolas Sene

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